Nice Matin 25 septembre 2009
L'art, ça se touche, vu?
Cécité Des écoliers voyants et non-voyants ont
visité le musée Chéret, aux Baumettes.
Ressentis partagés ou comment percevoir les oeuvres lorsqu'on
est aveugle...
"Les aveugles ont un meilleur ressenti que nous, car ils maîtrisent
mieux en touchant..."
Bien vu, jeune homme! Pertinente, la réflexion de cet écolier,
voyant, qui participait à une visite de l'exposition Rodin
au musée des Beaux-arts Jules Chéret. Visite mixte.
De partage. Vingt-cinq élèves de Cm2 de l'école
Marie-Joseph ont échangé avec cinq enfants malvoyants
de l'école du Château. Objectif de la rencontre: comment
les uns et les autres perçoivent-ils l'art?
Cette communion dans un musée, lieu pas forcément accessible
à tous, est l'aboutissement d'une opération entreprise
par l'Association niçoise d'initiative culturelle et sportive,
dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Louis Braille. Sébastien
Filippini, président, et son épouse, Sandrine, administratrice,
tous deux non-voyants, ont imaginé plusieurs actions, dont
un concours d'art plastiques autour de Louis Braille.
Douze établissements y ont participé et ont réalisé
chacun, une oeuvre pouvant se toucher, se sentir, se goûter.
La plus belle oeuvre retenue, fut celle engendrée par les scolaires
de Marie-Joseph. Le prix? Il fallait quelque chose d'humain, de mutuel.
D'où cette visite à laquelle prirent part quatre filles
et un garçon de l'école du Château, les institutrices
et le conservateur du musée des Baumettes, Anne Stilz.
Sensations
Voici un groupe devant la statue monumentale de Jean Coulon: une femme
enlevée par un aigle, alias Jupiter amoureux. Patricia Grimaud,
médiatrice, explique, incite, motive: "Il y a un aigle,
comment sont ses ailes?... Ouvertes, déployées... Les
sculpteurs ont souvent utilisé les légendes mythologiques
pour raconter l'amour, le mouvement. Au fait, le mouvement, il est
dans quoi? Le coude, les poignets, les jambes...
Devant "Le baiser" de Rodin, les menottes se tendent. Exceptionnellement,
on a le droit de toucher. "On dirait de la pierre toute dure,
c'est pas comme le marbre", commente Mina en effleurant les formes
en plâtre.
L'anatomie rebondie de "L'âge d'airain" a beaucoup
intéressé la troupe. "Cela ressemble au fer.. Ça
résonne." Tout le monde prend la position de l'homme aux
muscles apparents: "Talon soulevé, genou plié,
main droite écrasant la tête, poing gauche serré
comme si vous teniez une lance, dos crispé... Vous êtes
cet homme."
Enfin, sous la verrière, assis un tailleur, les écoliers
ont manipulé terre crue, cuite, bols, ont travaillé
des boulettes d'argile tendre façon pâte à modeler.
Le grand bonheur même les yeux fermés...
Christine RINAUDO
crinaudo@nicematin.fr
